Violence politique : tenir le Devoir face à tous
La mort de Quentin Deranque a suscité des réactions immédiates et parfois fébriles.
Marine Tondelier a rappelé son opposition à toute violence physique et dénoncé un « deux poids, deux mesures ».
Ce rappel est nécessaire.
Il appelle cependant une exigence plus haute : celle d’un Devoir qui ne varie pas selon les camps.

Quand un jeune meurt dans la rue après avoir manifesté, même si très clairement il n’est pas de mon bord politique (…), mon réflexe premier, c’est le recueillement, le respect et la dignité des réactions.
Marine Tondelier, Secrétaire Générale de ‘Les Écologistes’
Ce principe est juste.
Il est juste parce qu’il ne dépend ni d’une appartenance, ni d’une stratégie, ni d’un calcul.
Il est juste parce qu’il procède d’un Devoir.
Je m’en tiens à ce principe.
Mais je ne m’en tiens pas au reste.
Lorsque l’on invoque un « deux poids, deux mesures », on entre déjà dans une logique de comparaison.
Or je ne veux pas comparer. Je ne veux pas établir un équilibre des fautes.
Je ne veux pas opposer des statistiques à un cercueil.
Je me désolidarise de cette approche, Marine fut-elle la Secrétaire Générale de ‘mon’ parti.
Non parce que les violences d’extrême droite seraient secondaires. Elles ne le sont pas.
Non parce que le contexte serait indifférent. Il ne l’est pas.
Mais parce qu’un principe ne gagne rien à être justifié par la faute d’autrui.
Il s’impose par lui-même.
La mort d’un homme commande le silence avant la polémique.
Elle impose la justice avant l’argumentation.
Elle interdit la récupération.
Quentin Deranque défendait des idées que je combats sans réserve.
Ce désaccord demeure entier.
Il n’autorise rien.
Il n’excuse rien.
Il ne diminue rien.
La démocratie ne consiste pas à aimer ses adversaires.
Elle consiste à leur reconnaître une égale dignité.
On a soutenu qu’il existerait un déséquilibre dans les indignations.
On a rappelé que l’ultradroite est responsable de violences établies.
Les faits sont graves. Les violences d’extrême droite sont documentées.
Elles ont visé des élus, des militants, des citoyens en raison de leur origine ou de leurs convictions.
Cette réalité exige une réponse ferme.
Mais un principe ne se mesure pas à l’aune d’un autre manquement.
Il ne s’agit pas de comparer des brutalités.
Il ne s’agit pas de hiérarchiser des morts.
Il ne s’agit pas d’équilibrer des indignations.
Il s’agit de tenir une règle commune.
Toute violence politique est une atteinte à la République.
Toute violence politique affaiblit la démocratie.
Toute violence politique nous diminue collectivement.
Le Devoir consiste à le dire sans détour, y compris lorsque cela nous concerne.
Si des proches d’un mouvement sont impliqués dans une agression, la responsabilité morale est engagée.
Si des groupes d’ultradroite frappent, la responsabilité pénale doit être poursuivie.
Dans les deux cas, la ligne ne varie pas.
C’est ici que se dessine ce que j’appelle une gauche par l’exemple.
Non une gauche d’alignement derrière ses figures dominantes.
Non une gauche qui ajuste ses principes à l’opportunité.
Mais une gauche qui s’applique à elle-même la discipline qu’elle réclame aux autres.
Une gauche qui n’explique pas la violence lorsqu’elle lui est proche.
Une gauche qui ne l’instrumentalise pas lorsqu’elle frappe ailleurs.
Une gauche qui accepte d’être plus exigeante envers elle-même qu’envers ses adversaires.
Ce n’est pas affaire d’émotion.
Ce n’est pas affaire d’adhésion.
C’est affaire de Devoir.
Tenir le Devoir, c’est accepter la constance.
Tenir le Devoir, c’est préférer la cohérence à l’avantage.
Tenir le Devoir, c’est savoir que la légitimité naît de la rigueur.
Et pourtant.
Je vois défiler dans les rues de ma ville trois mille cinq cents fascistes déclarés.
Je les vois marcher là où naquit Jean Moulin.
Je les vois occuper l’espace public avec une assurance tranquille.
Ce spectacle ne relève pas du folklore.
Il révèle un relâchement.
Il révèle une banalisation.
Dans une ville marquée par la Résistance, voir le fascisme défiler en plein jour impose un surcroît de vigilance.
Cela n’autorise aucune violence.
Cela n’excuse aucune brutalité.
Cela impose davantage encore le Devoir.
Le Devoir de combattre les idées par les idées.
Le Devoir de défendre la République sans trahir ce qui la fonde.
Le Devoir de demeurer fidèle à ce que nous prétendons défendre.
La République ne se sauve pas par l’imitation.
Elle se sauve par la tenue.
Et la tenue est une exigence.
Une réaction, un désaccord, une idée ?
Cliquez sur la bulle 💬 rose en bas à gauche pour laisser un commentaire.
Je lis tout. Je réponds toujours.
Envie de faire circuler cet article ?
Vous pouvez le partager via les icônes en haut ou en bas de cette page.
Envie de suivre les prochaines publications ?
→ S’abonner à la newsletter

Léon Chelli arpente les mondes de l’automobile et des énergies renouvelables à l’épreuve de la transition écologique.
Il y déchiffre mutations industrielles et stratégies de marché avec la lucidité un peu sauvage d’un promeneur qui choisit ses propres sentiers.
Il explore les transitions avec une vision systémique, entre ironie assumée et clarté analytique.
