Affiche satirique Vodafone avec slogan « moins de salaire, plus de Tesla », un salarié souriant en costard devant une Tesla et une fiche de paie effacée.
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Salary sacrifice : quand l’écologie d’entreprise rime avec ponction salariale

Vodafone se félicite d’électrifier sa flotte avec un an d’avance. Le secret ?
Un dispositif « innovant » : les salariés financent eux-mêmes, via une baisse de revenu, les Audi et Tesla de l’entreprise.
Transition verte ou racket organisé ?

On appelle ça un « salary sacrifice ».
Traduction : tu acceptes une baisse de ton salaire brut en échange d’un véhicule de fonction électrique, estampillé premium.
Chez Vodafone, ce petit tour de passe-passe comptable permet d’annoncer fièrement que la flotte sera 100 % électrique dès 2026, un an avant les prévisions.
Champagne vert et applaudissements.

Sauf que derrière la vitrine écologique, c’est une arnaque sociale.
Qui paye la transition ?
Les salariés.
Pas les actionnaires, pas l’entreprise.
Les travailleurs se retrouvent avec un revenu amputé pour avoir le droit de conduire une Audi, une BMW ou une Tesla frappées du sceau de la vertu.
Le greenwashing devient une ligne de paie.

Cerise sur le capot : ce dispositif ne profite qu’aux plus aisés.
Pour « sacrifier » une partie de son salaire, encore faut-il avoir un salaire confortable.
Les bas revenus, eux, restent à quai.
L’écologie de Vodafone, c’est donc une écologie de caste : des VE de luxe pour cadres sup’, et des miettes pour les autres.

Et l’argument marketing est imparable : pas de « frais cachés », pas de « stress financier ».
On croirait une publicité de crédit revolving.
Tant pis si le salarié perd en cotisations, si la dépendance à l’employeur s’accroît, ou si la fiscalité change du jour au lendemain.
Vodafone aura gagné son image verte et sa flotte clinquante.

Soyons clairs : il ne s’agit pas de transition écologique, mais de captation d’avantages fiscaux, d’externalisation des coûts et de maintien du fétiche automobile comme symbole social.
Une « écologie premium », réservée aux gagnants du système, qui recycle le capitalisme le plus banal sous une peinture verte.

L’écologie a de beaux jours devant elle, surtout quand ce sont les salariés qui paient l’addition.

Le progrès ?
Rouler en Tesla en gagnant moins qu’avant.

Vodafone a inventé l’écologie libérale : verte au-dehors, austéritaire au-dedans.
C’est beau, le capitalisme vert : on change la voiture, pas le système.

Mais la véritable transition ne se fera pas en sacrifiant les fiches de paie pour remplir les parkings de berlines premium.
Elle se fera en garantissant à toutes et tous un droit effectif à la mobilité propre, sans condition de revenu.
Une transition pensée comme un commun : financée collectivement, équitable, tournée vers l’utilité sociale et la réduction des inégalités.

Une transition écoféministe, où l’on cesse de glorifier la puissance et le luxe, pour privilégier le soin, la sobriété, la solidarité.
Où l’écologie ne sert pas d’alibi à la hiérarchie sociale, mais devient un levier d’émancipation.
Tant qu’on n’en est pas là, le « salary sacrifice » restera ce qu’il est : un sacrifice social déguisé en progrès.

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