Un matériau impossible qui ne l’est pas tant que ça
Un matériau à la fois malléable comme le verre et résistant comme le plastique.
La promesse est belle, presque trop.
Derrière le qualificatif racoleur d’‘impossible material’, une équipe de chercheurs néerlandais propose surtout une remise en ordre utile de certaines certitudes en science des matériaux.
Rien de magique, mais quelque chose d’intéressant, et potentiellement structurant.

Un matériau ‘impossible’, vraiment ?
Le terme est flatteur, presque publicitaire. Il suggère une transgression des lois fondamentales, une anomalie conceptuelle, voire une gifle à la physique. En réalité, le matériau développé par les chercheurs de Wageningen University & Research ne viole rien du tout.
Il met en défaut une règle empirique, ce qui est déjà beaucoup, mais infiniment moins spectaculaire.
Depuis des décennies, la science des matériaux repose sur un compromis bien connu : plus un matériau est facile à mettre en forme, plus il est fragile.
À l’inverse, plus il est résistant aux chocs, plus il devient difficile à transformer.
Cette relation n’est pas une loi fondamentale, mais un constat répété, robuste, rarement démenti.
Le matériau présenté ici, baptisé compleximer, s’inscrit précisément dans cette faille.
Le compleximer : ni verre, ni plastique, mais autre chose
Le compleximer combine deux propriétés longtemps considérées comme antagonistes.
Il peut être façonné lentement, soufflé, étiré, travaillé à chaud, comme un verre.
Et une fois refroidi, il absorbe les chocs sans se fragmenter, comme un plastique technique.
Cette combinaison n’est pas obtenue par une astuce de formulation ou un additif miracle, mais par une architecture moléculaire différente.
Là où les plastiques classiques reposent sur des liaisons chimiques permanentes, le compleximer utilise des interactions physiques réversibles.
Concrètement, les chaînes polymères portent des charges électriques opposées.
Elles s’attirent comme de petits aimants. Ces attractions maintiennent la cohésion du matériau, sans figer définitivement la structure.
Résultat : de l’espace, de la souplesse, une capacité à se réorganiser sans perdre sa tenue mécanique.
Ce ‘jeu’ moléculaire crée un matériau capable de respirer, au sens strict.
Une remise en cause discrète mais sérieuse
Ce que démontre ce travail, ce n’est pas que la physique s’est trompée, mais qu’elle avait pris des raccourcis pratiques.
Les règles empiriques restent valables pour la majorité des matériaux usuels.
Elles cessent de l’être dès lors que l’on explore des architectures moléculaires moins conventionnelles.
L’intérêt scientifique est là.
Montrer que des matériaux chargés électriquement peuvent se comporter autrement que prévu ouvre un champ d’exploration encore largement vierge.
Ce n’est pas une révolution conceptuelle, mais une extension bienvenue du domaine du possible.
Des usages concrets, presque banals, et c’est tant mieux
L’un des aspects les plus intéressants du compleximer réside dans ses applications potentielles.
Parce que les liaisons sont réversibles, le matériau est auto-réparable.
Une fissure peut, en théorie, être résorbée par un simple apport de chaleur, sans démontage, sans résine, sans bricolage hasardeux.
Toitures, mobilier extérieur, objets techniques exposés aux chocs ou aux intempéries.
Rien de futuriste. Juste des usages concrets, là où la durabilité se joue souvent sur des détails péniblement ignorés.
La question environnementale, enfin posée
Le point faible est connu et assumé.
Le matériau actuel est issu de ressources fossiles.
Rien de vertueux à ce stade.
Mais l’équipe travaille déjà sur des versions biosourcées, avec un objectif clair : conjuguer réparabilité, longévité et biodégradabilité.
C’est peut-être là que se situe l’enjeu réel.
Non pas dans la performance spectaculaire, mais dans la possibilité de sortir, enfin, de cette logique absurde où l’on recycle mal des objets conçus pour ne jamais être réparés.
Conclusion
Le compleximer n’est pas un matériau impossible.
C’est un matériau qui rappelle, avec une élégance un peu cruelle, que les certitudes techniques sont souvent des habitudes intellectuelles.
Et que le progrès, le vrai, commence parfois par démonter une règle que plus personne ne prenait la peine de questionner.
Sources & références
Références scientifiques et éditoriales
- Wageningen University & Research, communiqué officiel : ‘Wageningen researchers break materials theory with new type of plastic’, lire la suite ici .
- Jasper van der Gucht et al., travaux en science des polymères, Wageningen University & Research. Présentation des principes physico-chimiques des compleximers et de leurs propriétés mécaniques émergentes.
- Aman Tripathi, ‘Impossible material: Researchers create glass-plastic hybrid that defies physics theory’, Interesting Engineering, février 2026, consulter l’article original .
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Léon Chelli arpente les mondes de l’automobile et des énergies renouvelables à l’épreuve de la transition écologique.
Il y déchiffre mutations industrielles et stratégies de marché avec la lucidité un peu sauvage d’un promeneur qui choisit ses propres sentiers.
Il explore les transitions avec une vision systémique, entre ironie assumée et clarté analytique.
