Illustration du paradoxe de la tolérance selon Karl Popper : une société tolérante ne doit pas tolérer l’intolérance.

Le paradoxe de la tolérance

Karl Popper posait une question simple : faut-il tolérer l’intolérance ?
La réponse est non. (spoiler alert !)
Parce que tolérer les intolérants, c’est leur donner la possibilité de détruire la tolérance elle-même.
Les démocraties libérales l’ont appris à leurs dépens dans les années 1930 : à force de donner «  »la parole à tout le monde », on laisse les fascistes s’installer, puis interdire toute autre parole.

L’idée n’a rien perdu de son actualité.
Popper l’écrivait déjà dans La société ouverte et ses ennemis : « Une tolérance sans limites ne peut que mener à la disparition de la tolérance. »
Accepter sans broncher ceux qui prêchent la haine, c’est leur dérouler le tapis rouge.
Et ça finit toujours de la même manière : les tolérants disparaissent, et avec eux, la tolérance.

Tolérance ne veut pas dire faiblesse

Popper ne proposait pas de museler toute opinion, même désagréable.
Mais il posait une limite : quand l’intolérance se traduit en menace réelle : persécution, violence, appel au meurtre… alors elle sort du champ du débat.
Elle devient hors-la-loi, au même titre qu’un crime.

Autrement dit : oui, une société démocratique peut et doit défendre ses principes sans tomber dans le piège de l’angélisme.
Ce n’est pas « trahir la liberté » que d’interdire ceux qui veulent la supprimer.
C’est l’inverse : la condition de sa survie.

La leçon politique

Face aux extrêmes droites d’hier comme d’aujourd’hui, la naïveté tue.
Le libéralisme mou qui croit que tout se régule par le marché des idées, c’est du pipeau : l’histoire montre que les fascistes ne jouent jamais avec les mêmes règles.
Tolérer l’intolérance, c’est signer son arrêt de mort.

Je ne dis pas ça pour Macron et Bayrou, mais quand même un peu…

La démocratie ne se défend pas en offrant une tribune à ses fossoyeurs, mais en les combattant frontalement.
Et si ça choque les belles âmes, tant mieux.
C’est peut-être le signe qu’on commence enfin à viser juste.

Série éditoriale : [Autopsie intellectuelle]
On dissèque ici des idées, des textes ou des figures pour en exposer les mécanismes, les ambiguïtés, les usages. Un scalpel dans la main gauche, la pensée critique dans la droite.

Parfois, je n’utilise cette série uniquement parce qu’il n’est toujours pas légal de pratiquer des autopsies sur des gens vivants et que ce vert fait super joli en bas d’un article. Mais dans l’ensemble, c’est l’explication ci-dessus qui s’applique.

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