i-Charging : une modularité industrielle à l’épreuve du terrain
Le marché européen de la recharge haute puissance a cessé d’être un concours d’architecture. Il entre dans une phase plus exigeante, moins spectaculaire, infiniment plus révélatrice : celle de l’industrialisation.
Dans ce contexte, i-Charging, acteur portugais fondé en 2019 et encore méconnu en France, avance une proposition structurée, cohérente, sans effet de manche. Une gamme modulaire, une montée en puissance progressive, une intégration énergétique locale, et désormais des déploiements chez des opérateurs structurants.
Rien de révolutionnaire. Et c’est précisément ce qui mérite examen.
Une architecture lisible, sans pari exotique
Armoires 200 ou 300 kW, duplicables jusqu’à 900 kW.
Nouvelle armoire à 1 600 kW avec 8 sorties.
Granularité 50 kW.
Répartition dynamique.

L’architecture est centralisée, modulaire, désormais standardisée sur le marché européen.
Elle évite les paris conceptuels et privilégie un schéma éprouvé.
Analyse stratégique
Ce choix positionne i-Charging non comme un innovateur de rupture, mais comme un compétiteur industriel. Cela signifie deux choses :
- La bataille ne se jouera pas sur l’idée,
- Elle se jouera sur le coût, la fiabilité et la capacité de service.
Autrement dit, l’entreprise s’installe sur un terrain où l’exécution prime sur l’audace.
Interface et configuration : un levier économique discret
La gamme ‘Blueberry’ se distingue par un écran tactile 32 pouces, ainsi que par la possibilité d’un kiosque central pour piloter jusqu’à quatre satellites sans écran individuel.
Ce point mérite attention.
Un opérateur peut choisir :
- Une configuration premium, avec interface dédiée par point,
- Une configuration rationalisée, mutualisant l’interface et réduisant le coût unitaire.
Ce type de modularité visible n’est pas un détail esthétique. Il influence directement le modèle économique des stations publiques.
La technique devient ici un outil d’optimisation financière.

Analyse stratégique
Ce n’est pas qu’un choix d’ergonomie. C’est un outil de pilotage du CAPEX.
Dans un contexte de pression sur les marges des CPO, la capacité à adapter la configuration à la typologie de site devient un avantage concret.
La différenciation n’est pas technique, elle est économique.
‘Omni-e’ : la borne comme nœud énergétique
Omni-e se présente comme une solution de gestion énergétique locale capable de ventiler différentes sources : réseau, stockage, solaire, éolien.
Le point n’est pas cosmétique. Le raccordement électrique constitue aujourd’hui l’un des principaux freins au déploiement massif du HPC. Chaque kilowatt disponible compte.
Si omni-e permet réellement :
- Une priorisation dynamique des sources,
- Une limitation intelligente de la puissance appelée,
- Une intégration cohérente du stockage,
- Un arbitrage local sans dépendance systématique au cloud,
Aalors la borne cesse d’être un simple point de consommation pour devenir un outil d’optimisation énergétique.
En revanche, si omni-e se limite à une ventilation statique ou à une simple supervision des flux, son intérêt demeure tactique mais non structurel.
Analyse stratégique
Le futur du HPC ne sera pas seulement une question de puissance nominale, mais d’intelligence énergétique locale.
Si i-Charging parvient à industrialiser omni-e comme une véritable brique EMS simplifiée et robuste, l’entreprise pourrait se positionner non plus seulement comme fabricant de bornes, mais comme intégrateur énergétique.
C’est une ligne d’évolution stratégique crédible.
Le MCS : l’ambition du poids lourd
La gamme i-light annonce jusqu’à 1,6 MW en MCS.
Sur le papier, l’offre est cohérente avec l’électrification progressive du transport lourd. Mais la puissance affichée ne garantit ni disponibilité ni maintenabilité.
Le MCS impose :
- Gestion thermique exigeante,
- Composants de très forte intensité,
- Maintenance spécialisée,
- Logistique rigoureuse.
Analyse stratégique
Le MCS sera un test de maturité.
Si i-Charging parvient à déployer ces solutions sans explosion des coûts de maintenance ni dégradation du taux de disponibilité, l’entreprise pourra prétendre jouer un rôle structurant dans l’infrastructure poids lourd.
Dans le cas contraire, la gamme restera un argument commercial plus qu’un vecteur de transformation.
Exploitabilité et maintenance : le véritable critère
Diagnostic local sans ouverture, mises à jour à distance, supervision intégrée.
Dans la recharge haute puissance, la disponibilité réelle est la variable clé.
Analyse stratégique
À architecture équivalente, l’avantage compétitif ira à celui qui garantit le meilleur taux d’exploitation à coût maîtrisé.
La différenciation se déplace vers la qualité de service, la réactivité logistique et la simplicité d’intervention.
C’est un terrain moins spectaculaire, mais infiniment plus décisif.
Positionnement : que représente réellement i-Charging ?
i-Charging n’est pas un acteur ‘disruptif’.
Il n’est pas non plus un suiveur opportuniste.
Il se positionne comme :
- –Un fabricant européen,
- Maîtrisant une architecture éprouvée,
- Proposant une montée en puissance cohérente,
- Cherchant à intégrer la dimension énergétique locale.
Son entrée chez un opérateur structurant marque un premier seuil industriel.
Ce que l’entreprise apporte aujourd’hui :
- Une alternative crédible dans un marché concentré,
- Une flexibilité de configuration,
- Une ambition claire sur le poids lourd.
Ce qu’elle pourrait devenir demain :
- Un acteur de référence en gestion énergétique locale appliquée au HPC,
- Un fournisseur modulaire compétitif dans un marché désormais standardisé.
La trajectoire dépendra moins de la technologie que de la capacité à maintenir la qualité d’exécution en phase de croissance.

Tableau récapitulatif
Pour clarifier la proposition d’i-Charging et en dégager les implications stratégiques, le tableau ci-dessous synthétise les principaux axes techniques et leurs conséquences industrielles.
| Axe | Proposition i-Charging | Enjeu stratégique |
|---|---|---|
| Architecture | Modularité centralisée, granularité 50 kW | Compétition industrielle, non disruptive |
| Puissance | Armoires 200/300 kW, duplication jusqu’à 900 kW, armoire 1 600 kW annoncée (8 sorties) | Adaptabilité aux typologies de sites, montée en charge progressive |
| Interface | Écran tactile 32" ou kiosque central (jusqu’à 4 satellites) | Arbitrage CAPEX / expérience utilisateur |
| Omni-e | Gestion énergétique locale multi-sources (réseau, stockage, solaire, éolien) en LAN | Potentiel de positionnement comme brique d’optimisation énergétique |
| MCS | Recharge poids lourd annoncée jusqu’à 1,6 MW | Test de maturité industrielle sur le segment lourd |
| Maintenance | Diagnostic local, supervision et mises à jour à distance | La disponibilité devient l’avantage compétitif décisif |
Ce tableau montre une chose simple : i-Charging ne cherche pas à réinventer la recharge haute puissance, mais à en maîtriser les variables essentielles.
L’architecture est désormais un standard. La puissance est attendue. L’interface devient un levier économique. La gestion énergétique locale constitue le seul véritable axe de différenciation potentiel, à condition qu’elle soit techniquement robuste.
La concurrence ne se jouera pas sur l’effet d’annonce.
Elle se jouera sur la constance industrielle.
Conclusion
i-Charging ne prétend pas bouleverser la recharge rapide.
Il s’inscrit dans une phase de maturité du marché où la modularité est acquise, où la puissance n’impressionne plus, et où la crédibilité industrielle devient centrale.
L’entreprise joue une partition prudente, structurée, cohérente.
La question n’est pas de savoir si son architecture est originale.
La question est de savoir si elle saura tenir la promesse industrielle lorsque le marché cessera d’excuser l’indisponibilité.
L’avenir du HPC ne se décidera pas dans les brochures.
Il se décidera sur le terrain.

Léon Chelli arpente les mondes de l’automobile et des énergies renouvelables à l’épreuve de la transition écologique.
Il y déchiffre mutations industrielles et stratégies de marché avec la lucidité un peu sauvage d’un promeneur qui choisit ses propres sentiers.
Il explore les transitions avec une vision systémique, entre ironie assumée et clarté analytique.
